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Si nous vivions en 1913 de Antoine Prost

Antoine Prost est Historien et ancien directeur du Centre d’histoire sociale du xxe siècle. Si nous vivions en 1913 est sa dernière publication aux éditions Grasset.

Si nous vivions en 1913, nous aurions déjà enterré bien des amis, bien des proches, et peut-être serions-nous déjà morts nous-mêmes...

Issu des 30 chroniques radio d'Antoine Prost, Si nous vivions en 1913 nous entraine en 1913 à la découverte de la France réelle du quotidien, loin de la distanciation historique. Un ouvrage riche et instructif !

Benjamin

 

Informations :

 

Editeur : Grasset L'avis d'Actualité littéraire
Genre : Recits A propos de Antoine Prost 
Année : 2014 Voir un extrait  
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Extrait

 

La vie et la mort

Si nous vivions en 1913, nous aurions déjà enterré bien des amis, bien des proches, et peut-être serions-nous déjà morts nous-mêmes. L'espérance de vie était alors de 50 ans. Elle est aujourd'hui de 85 ans pour les femmes et de 78 pour les hommes. Ces chiffres disent les progrès fantastiques de la chirurgie et de la médecine. En 1913, il n'y avait ni antibiotiques ni sulfamides. Les maladies infectieuses étaient souvent mortelles. On mourait de la diphtérie, de la pneumonie, et même de la scarlatine ou de la rougeole. Sans parler du fléau de l'époque : la tuberculose. La vaccination n'avait encore éradiqué que la variole. En moyenne, un homme de 20 ans pouvait espérer vivre jusqu'à 63 ans seulement.
Mais si l'espérance de vie à la naissance est alors de 50 ans, c'est aussi, et peut-être surtout, parce que les bébés meurent beaucoup. 16 % meurent au cours de leurs trois premières années, 1 sur 6 ne fête pas ses 3 ans. C'est énorme, même si les efforts des hygiénistes ont réduit les chiffres : en 1900, c'était 1 nouveau-né sur 5 qui ne franchissait pas le cap des 3 ans. Cela s'explique par une mauvaise hygiène, des biberons archaïques avec des tuyaux en caoutchouc, du lait de vache trop fort, des croûtes de pain dur qui avaient traîné partout et qu'on faisait mâcher aux enfants pour faire venir leurs dents. La meilleure façon de protéger les enfants était de les nourrir au sein, ce qu'on faisait souvent pendant une année, parfois davantage. Pendant la guerre de 1914, on créera dans certaines usines de guerre qui emploient beaucoup de femmes, des chambres d'allaitement pour que les jeunes mères puissent continuer à nourrir leurs enfants.
Cette forte mortalité infantile avait des conséquences. Le risque de perdre les enfants conduisait les parents, les pères surtout, à censurer leurs sentiments, à s'endurcir par avance. Emilie Carie, une institutrice des Basses-Alpes, née avant 1914, en témoigne. Je cite : «Quand un enfant mourait, pour peu qu'il n'ait pas dépassé les cinq ans, on ne s'émouvait guère. L'homme disait à la femme : mais pourquoi pleures-tu ? Cet enfant ne fait faute à personne, au contraire, voilà une bouche de moins à nourrir. Que diable, ce n'était pas un gagne-pain. Cesse donc de pleurer.» Il ne faut pas généraliser à partir de cet exemple, qui vient d'une région très particulière. Les réactions dans la bourgeoisie étaient très différentes, et d'ailleurs cet exemple ne dit pas que le père ne souffrait pas de la mort de l'enfant, mais il refusait de l'avouer. (...)

 

A propos de Antoine Prost

 

Si nous vivions en 1913 de Antoine Prost

Historien et ancien directeur du Centre d’histoire sociale du xxe siècle, Antoine Prost est l’auteur de nombreux livres, parmi lesquels : Penser la Grande Guerre : un essai d’historiographie (Seuil) et Du changement dans l’École. Les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours (Seuil, 2013).